Toute cette histoire a commencé par des repas. Entre amies, activistes, écolos, féministes ou potes de potes. Pour parler de la situation politique et voir si ensemble, nous trouvions un moyen de sortir du brouillard politique dans lequel nous avait plongé le gouvernement à force de renoncements et de reculs.

Après plusieurs rencontres pas très formelles, en juin 2015, une nouvelle soirée est organisée.

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Ce soir-là, nous sommes une quinzaine autour de la table. Et assez vite, la question de la Primaire apparaît dans les échanges. On souligne les écueils : ce dispositif renforce tous les mécanismes que nous dénonçons dans la 5e république. On parle aussi des avantages : la possibilité pour celles et ceux qui veulent construire une alternative de créer une dynamique et de se rassembler.

Les participant-e-s soulignent aussi la faible probabilité que les appareils l’organisent. Entre les égos, les anathèmes, les interpellations par livres interposés et les enjeux de congrès internes, nous avons le sentiment que les responsables politiques ne réussiront pas à se mettre autour d’une table pour avancer ensemble.

Après un long temps de discussion, la question est posée : « Pourquoi nous, on ne l’organiserait pas ? ». Re-débats, re-échanges. Des pour, des contres, des pas intéressés, des enthousiastes. C’était en juin 2015. Depuis, nous sommes quelques unes et uns à nous réunir pour travailler à construire cette primaire de la gauche, des écologiste, cette primaire de l’alternative.

Nous avons travaillé sur le calendrier, sur les enjeux juridiques, financiers, politiques. Nous avons discuté avec les principaux responsables de gauche pour tester l’idée.

En octobre, nous sommes prêts et nous décidons de lancer un appel à une primaire. Tout est calé : un texte, des premiers signataires, un site internet, une exclu dans un média, etc. Date de sortie prévue : le 17 novembre 2015.

Le 13 novembre, des terroristes assassinent 130 personnes à Paris. Nous annulons la sortie. Comme tout le monde, nous sommes à la fois tétanisés et en colère.

Nous nous revoyons en décembre, en plus grand nombre, au Tank (un espace de coworking qui favorise la création comme se définit lui-même le lieu). 20 personnes sont invitées, nous nous retrouvons à 40. Nous présentons le projet de la primaire.

Paperboard, marqueurs, papiers, stylos. Ça fuse, ça discute, ça se dispute. A la fin de la soirée, nous constituons un petit groupe d’organisation pour lancer l’appel à une primaire en janvier.

Nous ne sommes pas les seuls : début janvier, un appel à une primaire de gauche, qui refuse « les renoncements face aux inégalités sociales, à la dégradation environnementale, aux discriminations et à l’affaissement démocratique » est publié par Libération. Cet appel fait passer l’idée de primaire de « vous rêvez » à « c’est possible ». Tout à coup, la primaire devient un objet politique crédible.

 

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Il reste un os : les signataires de l’appel précisent qu’ils ne souhaitent pas organiser la primaire. Nous en sommes convaincu-e-s : pour que cette primaire renouvelle la vie politique et offre la perspective de construire une alternative, elle ne doit pas être pilotée par les appareils.

Alors nous posons une nouvelle fois la question, 6 mois après le dîner de juin : pourquoi pas nous ? Nous rédigeons un texte et commençons à le faire circuler de manière informelle. En quelques jours, 500 personnes s’inscrivent pour rejoindre le comité d’organisation de la primaire : la financer d’abord, l’organiser ensuite, voter enfin.

Ce qui nous anime depuis le début : le ras le bol d’une politique qui va à l’encontre de nos convictions et l’envie de reprendre la main pour faire autre chose, autrement.