Suite à la publication d’une pétition sur Change.org, Caroline De Haas, une des initiatrices de la Primaire de gauche, revient sur les raisons de son énervement.

 

Je suis stupéfaite. La presse nous apprend ce matin que la ministre du travail pense (sérieusement) à baisser les allocations chômage.

Capture d’écran 2016-02-02 à 10.13.42

Au fond de moi, une petite voix me dit : “Ah, mais peut-être qu’en effet elles sont trop élevées et que c’est pas si bête…”. Et en même temps, je vois bien autour de moi que les copines et copains au chômage sont dans la galère. Et que la recherche de boulot est source de stress, de déceptions, de grosses remises en cause. Les problèmes financiers et matériels n’arrangent pas la situation.

Je vais donc regarder de plus près. Parce que la situation de mes potes n’est peut-être pas représentative.

En France, en 2016, 6,2 millions de personnes sont au chômage. Plus de 6 millions de personnes qui n’ont pas d’emploi ou des jobs tellement petits qu’ils pointent à Pôle emploi tous les mois.

chomeurs

 

Pour 2,5 millions d’entre eux, le chômage dure depuis plus d’un an. Parmi les personnes les plus touchées, on retrouve les ouvrier-e-s, employé-e-s, jeunes, personnes sans diplôme, les parents isolés (dont 85% sont des femmes), les habitant-e-s des zones urbaines sensibles et les immigré-e-s. Et surtout, fait hallucinant : 65% des chômeurs ne touchent aucune allocation. Aucune.

Regardons maintenant le montant de l’allocation pour celles et ceux, une minorité donc, qui y ont droit. Est-ce que les chômeurs et les chômeuses touchent beaucoup d’argent ? (On dirait que c’est la préoccupation principale de ces messieurs dames de la Cour des Comptes, dont les salaires tournent autour de 8000 à 12 000 € par mois…)

Pour les chômeurs indemnisés, l’allocation moyenne est de 1100 euros brut par mois (entre 980 et 1050 € net par mois). Vous avez travaillé plusieurs mois, parfois plusieurs années. Vous avez cotisé. Et quand vous perdez votre boulot, on vous donne 1000 euros par mois pour vivre. C’est quoi cette société ?

Parmi les autres chiffres alarmant sur la situation sociale des personnes à la recherche d’un emploi : 27% d’entre elles renoncent à des soins médicaux pour raisons financières.

La ministre du travail connaît ses chiffres. Alors comment peut-elle avoir eu cette idée saugrenue ? Dans le programme… de l’UMP. Non, je ne rigole pas. C’était une des propositions de la droite depuis longtemps (ici en 2014).

Capture d’écran 2016-02-02 à 11.05.56

 

Hallucinant. Les conséquences d’une moindre indemnisation des chômeurs et chômeuses sont pourtant connues. Réduire les revenus des personnes qui sont déjà en situation difficile accroit la précarité, les galères de logement, les problèmes de santé, diminue les loisirs des enfants… Au final, creuse les inégalités.

Dans cette situation, chercher et trouver du travail relève de la mission impossible. L’objectif est de lutter contre le chômage ? Pas sûre que faire galérer un peu plus les chômeurs et les chômeuses permette de faire bouger la courbe du chômage… 

 

Caroline De Haas, Militante féministe
@carolinedehaas

 

__

Sources :

– France info : “Allocations chômage : le gouvernement confirme la piste de la dégressivité

Article du Figaro sur le montant des indemnités

Chiffres clés de l’UNEDIC

Rapport de la DREES sur le renoncement aux soins dans l’agglomération parisienne.